johnny_25_cmJohnny Hallyday? Johnny qui?

La scène se passe un dimanche matin de Septembre. 6H30, installation d'une brocante dans un petit village picard. Je me dirige vers le premier stand, les yeux encore engourdis de sommeil. Là, un vendeur (la quarantaine, casquette Heineken visée sur son crâne dégarnie) décharge de sa voiture de vieux outils rouillés et quelques disques. Mince, je ne suis pas le premier arrivé ! Un vieux messieur prend dans ses mains fébriles et tremblantes quelques 45 tours; on le sent émus et triomphant. Il repose un Jerry Lee Lewis (heureusement pour moi) et achète pour 1 euro pièce des chansons Twist interprêté par Johnny Hallyday. Une conversation du genre "Johnny reste le meilleur" s'engage. Moi, après avoir pris le Jerry Lee, je leur rétorque narquois "Johnny? Johnny qui? Johnny Cash? Johnny Rotten? Johnny guitar Watson? Johnny Thunders?"(la liste pourrait être longue..). Regard noir lancé par les protagonistes, je m'en vais histoire de ne pas être foudroyé sur place..


Cette petite histoire vrai aurait put se passer n'importe où et n'importe quand en france. Tout cela pour annoncer le thème du topic suivant :
 Pourquoi Johnny a autant de succès?
Pourquoi reste t-il numéro un des ventes (et des pré-ventes) en france après cinquante ans de carrière et pourquoi le portefeuille suisse et californien du rockeur votant à droite est -il si bien rempli? Pourquoi lui et pas un Eddy Mitchell ou un Dick Rivers? En fait, ce qui m'agace par dessus tout est la foi aveugle qu'ont certains fans à écouter religieusement la moindre mièvrerie hurlé par monsieur Smet en l'an 2010. Il faut être honnête : tout n'est pas bon dans les albums de Jean-Philippe, loin de là. Si on retranche environ 30% de sa discographie constituées uniquement de reprises de chansons étrangères et 40% de soupes fraiches servies à la populasse (Que je t'aime, que je t'aime.. on dirait du Sardou..), que reste t-il? Je dirais 30 % de bonnes compos, ce qui est peu sur un demi siècle de carrière (quelque chose de Tennessee, les fans connaissent-ils seulement Tennessee Williams?).

Pour être objectif, il faut rappeler qu'à un moment donné j'ai possédé la quasi-intégrale années 60-70 en réedition du bonhomme, avant d'en être dégouté. Je me propose de la détailler, rappel des faits :

En 1960, Hallyday-Smet commence sa carrière chez Vogue, avec des rock ORIGINAUX Français (c'est lui qui écrit les paroles, la musique est de Gilbert Guenet et Jean Setti, alias Jil& Jan) : J'étais Fou, Depuis qu'ma môme, je cherche une fille, laisse les filles, oui j'ai, oh! oh! baby et pourquoi cet amour. Bref, on sait que le lascard aime les filles et l'amour. Quant à Souvenirs, souvenirs, bien peu savent aujourd'hui que son premier succès est une reprise de Barbara Evans. Grâce à son succès immédiat, la star ouvre la voix aux Chaussettes Noires, Pirates, Champions, Chats sauvages, Pénitents, Pinguins, Vautours... Pourtant avant lui, Richard Anthony, Danyel Gérard ou Boris Vian (via Henri Salvador) inventent le rock Français, mais avec moins de fougue. Rien que pour cela, on peut le considérer il est vrai comme notre Elvis à  nous. Mais comme Elvis, sa descente artistique (pas commerciale) sera sévère..

Dès 1961, les reprises de Chuck Berry, Little Richard et Elvis Presley remplacent de plus en plus les compositions originales. Reste quelques chansons comme Bien trop timide, ce n'est pas méchant, mon vieux copain, tu m'plais, toi qui regrette ou si tu reste avec moi. Ensuite le duo Jil & Jan est remplacé par Charles Aznavour et George Garvarentz qui signent entre autre sam'di soir, il faut saisir sa chance et le très beau Retiens la nuit (enfin une chanson non hurlé disent les parents). C'est pour moi, artistiquement parlant, la première vraie bonne chanson de l'idole, avec la délicate Douce Violence.

En 1962, ça se gâte déjà, entre deux reprises de Ray Charles, Fats Domino, Gene Vincent, Eddie Cochran ou Ricky Nelson (teenage idol devient l'idole des jeunes), le rockeur poursuis dans les balades moins bonnes et dans le twist en signant chez Philips. Le public suit, les yés-yés sont nés ! De cette année là, je retiens la version de Don't play that song (pas cette chanson en français) qui reste proche de l'originale (c'est à dire moins aseptisé que le reste).

1963, Jean-Jacques Debout compose Je t'écris souvent et Pour moi la vie va commencer, belles réussites! Il aurait mieux fait de les garder pour lui ! La collaboration Hallyday-Jil & Jan reprend du service pour les bras en croix et ma guitare, deux chef-d'oeuvre! Enfin du vrai rock sauvage ! Mais le yé-yé persiste avec poupée brisée écrite par Eddie Vartan.

En 1964, Johnny interprète (enfin) du blues : Cuttin in et sweet lovin mama de Johnny "guitar" Watson deviennent respectivement Excuse moi partenaire et pour moi tu es la seule. Ces deux reprises (bien chantée) transcendent les versions originales. Quant au pénitencier des Animals (house of the rising sun, paroles française d'Hugues Aufray), la version se rapproche trop de l'original pour retenir mon attention. Seule réussite originale de l'année : les mauvais garçons (Bernet/Hallyday/Eddie Vartan).

1965 voit l'arrivée en renfort des amis Long Chris et Larry Greco comme auteurs-compositeurs. Il y a aussi la parution de Johnny chante Hallyday, album composé quasiment que par le tandem Johnny Hallyday-Gilles Thibaut (qui donnera entre autre le diable me pardonne, et le très rigolo et éthylique je bois à sa santé).Et là on peut se demander : pourquoi le chanteur n'a t-il pas continué dans cette voix? (alors que Eddy Mitchell avait déjà trouvé SON compositeur attitré en la personne de Pierre Papadiamantis).

En 1966, Johnny reprend maintenant du Beatles, du stax records (Otis Redding, Wilson Pickett..), les troggs, black is black, bref tout ce qui marche déjà à l'étranger. Voilà d'ailleurs la réponse a un épineux problème : pourquoi Johnny n'a t-il pas eu de succès à l'étranger? Réponse : pourquoi l'écouter alors qu'il y a mieux (les versions originales). Maigre consolation : la génération perdue et ces paroles un rien politique (Ton coeur trop serré a envie d'exploser/A la face d'un monde résigné/Tes yeux aveuglés par l'enfance trompée/S'ouvriront sur la vérité/Ta génération en veut à la terre entière/
Le long des routes il ne trouve que la misère). Johnny se serait-il à ce moment là réveillé? Non, les paroles de cheveux long, idées courtes (à l'encontre du chanteur Antoine, le premier, le réactionnaire du début) font marche arrière..

1967-68, Johnny devient faux-hippie déguisé (fleurs d'amour, hey joe, psychédelic, san francisco). Il n'y croit pas un instant. Il chante quand même le poignant mon fils de Jacques Revaux. Quant à la reprise du Hush de Deep Purple, elle a au moins le mérite de faire rire..

1969 : Voyage au pays des vivants. Johnny suit le mouvement et c'est bien. Il est ENFIN à l'aise dans son époque et assimile le "british blues boom". Un de ses meilleurs albums parait, dûe à la rencontre avec Mick Jones (du groupe Spooky Tooth) et Tommy Brown. Rivière ouvre ton lit, je suis nés dans la rue. Tout un programme.

1970 et un chef-d'oeuvre : l'album Vie. Mick Jones et Tommy Brown à la musique, Philippe Labro aux textes.
Je pense que la collaboration avec l'écrivain Philippe Labro (Essayez, c'est écrit sur les murs, la fille aux cheveux clairs) restera la meilleure chose qui soit arrivée à Johnny Hallyday.

En 1972, Michel Mallory écrira ma main au feu, sublime chanson folk (Quelqu'un a dit que tous les hommes/Venaient au monde égaux entre eux/Et que l'argent ne les rendait pas plus heureux/J'en mettrais pas ma main au feu). Mais à côté de cela, à partir de l'année suivante, les chansons les plus connu prendront une tournure étrangement grandiloquente (comme un corbeau blanc, fou d'amoooouuurrrr, j'ai un problème (c'est lui qui le dit),requiem pour un fou, derrière l'amour, je t'aime je t'aime je t'aiiiimmmeeeeuuuxxx) beurk, ça frise l'overdose. En plus, l'idole reprend (très mal) les stones (honky tonk woman). Il écrit aussi une (mauvaise) chanson de noël ! (noël interdit). Les bas-fonds seront atteints en 1976 avec le concept opéra-rock Hamlet. Bien avant les comédies musicales d'opérettes proto-Mozart-Cléopatre-mickey. Et oui, on ne fait pas du Hamlet sans casser des oeufs !

Jacques Revaux reviendra pour quelques bonnes chansons (j'ai oublié de vivre) et même Didier Barbelivien, le Bernard-Henri-Levy du pauvre, réussira à insuffler un peu de réalisme dans les histoires de monsieur Smet (quand Johnny, agriculteur quitte son tracteur pour chanter elle m'oublie, on y croit !). Mais combien d'albums pompeux et loupés, pour seulement quelques pépites écrite à la va-vite et sur commande !
En fait, le gros problème de Johnny est là : il n'aura pas trouvé son auteur où son compositeur attitré sur une longue période. Voilà ce que c'est que de sous-traité !

En 1979, on peut voir Johnny au palais des sports dans un costume Mad Max flambant neuf interprétant l'ange aux yeux de laser ou ma gueule. Sans commentaires. 1982, il s'essaye (je dis bien essaye) sur sweet home alabama. Y a t-il seulement mis les pieds? En 1984, il chante en duo avec Carl Perkins et les Stray Cats. Ce sera sa dernière incursion dans le monde du rock n' roll. C'est déjà loin tout ça..

1985 est l'année où Michel Berger le renfloue à coup de tubes. Michel Berger est-il un rockeur? Reste malgès tout quelques bonnes mélodies où la voix de Johnny se fait plus subtile (le chanteur abandonné, quelque chose de Tennessee).

Et après.. après... Goldman (la pire chose qui soit arrivée au groupe Taï Phong, il écrira pourtant une bonne chanson : j'la croise tous les matins), Obispo, David Hallyday (son fils lui écrira tout de même une bonne chanson : un jour viendra), Patrick Bruel,Gérald De Palmas et son horrible Marie..

En 1994, un album en anglais bien ficelé aurait put le créditer auprès du jeune publique, mais il ne rencontrera pas le succès escompté.  Dommage !

En 2007, Johnny annonce un album de Blues, longtemps refusé par sa maison de disques. Je me met à prier.. mais non, de blues il ne sera question que des sempiternelles ritournelles variétoche.. Rebelote !

Christophe Maé et Grand corps malade c'est pas Muddy Waters ! Lors de concerts, le rockeur reprendra aussi Edith Piaf ou Gilbert Becaud (nos bluesman à nous).

De toute façon, Johnny avait toujours voulu faire acteur. Alors il lit des scénarios (de Godard à k2000..). De Terminus à Wanted, de films écrit sur mesure pour lui (d'où viens-tu Johnny?) à Détective, les rôles interprêté sobrièvement par notre rockeur ne le montre pas sous un bon angle.

Bref, si il ne fallait retenir qu'une chose de cette biographie certe non-exaustive, ce n'est pas de dénigrer lachement la bête de scène que fut Johnny Hallyday ou de ne pas reconnaître l'incroyable puissance de sa voix. Simplement, en toute modestie, j'ai donné mon avis (contre vents et marées de fans non objectifs). Je pense que la carrière de Johnny Hallyday aurait put être meilleure ou mieux géré, pour conserver une certaine crédibilité artistique auprès des mélomanes.

Geekprien.

 

Post-Scriptum :

Je tiens à répondre au commentaire de za00z (voir ci-dessous). De toute façon, je m'attendais à recevoir ce genre de réaction vu le nombre de fans extrémistes de Johnny Hallyday.

D'une part, si j'ai pu faire des erreurs dans les détails de la biographie de l'artiste, je m'en excuse. L'erreur est humaine, et la mémoire pas infaillible. D'ailleurs, dans les années 90, Johnny lui même confessait dans une interview à Adeline Blondieau qu'il ne se souvenait plus d'avoir tourné certains scopitones.

D'autre part, en ce qui concerne l'album Cadillac, même si celui-ci contient encore quelques rock, la moitié de l'album est constitué de balades légèrement soporifiques (si j'étais moi, c'est du vent, le testament d'un poète..).

Pour ce qui est des paroliers attitrés, Gilles Thibaut et Michel Mallory ont EGALEMENT écrit pour Sylvie Vartan, Michel Sardou, Claude François.... Philippe Labro, comme je le disais dans l'article, a écrit surtout pendant deux ans seulement pour Johnny (1970-71). Donc, pas de paroliers attitrés comme le duo Pierre Papadiamandis/Eddy Mitchell ou Jacques Lanzmann/Jacques Dutronc. On écrit POUR Johnny, mais pas AVEC Johnny.

Pour terminer, on peut avoir EFFECTIVEMENT cinquante ans de carrière et rester rock' n' roll. Je vous conseil par exemple d'écouter les derniers albums de Mick Jager ou Jerry Lee Lewis.

Bref, si je me suis trompé de 2 ou 3 ans sur l'année d'une chanson, est-ce si important? Et si vous trouvez mon ton trop professoral, je suis certainement moins élitiste ou complétiste que vous.

Tout cela pour ne retenir qu'une chose (peu importe les dates après tout, mon blog n'est pas wikipédia, juste le reflet de mes pensées..) : Johnny aurait du arrété de sortir des disques il y a 20 ans, qu'en il en était encore tant.